Poesies


Au Cabaret-Vert, cinq heures du soir.




Depuis huit jours, j'avais déchiré mes bottines
Aux cailloux des chemins. J'entrais à Charleroi.
- Au Cabaret-Vert : je demandai des tartines
Du beurre et du jambon qui fût à moitié froid.

Bienheureux, j'allongeai les jambes sous la table
Verte : je contemplai les sujets très naïfs
De la tapisserie. - Et ce fut adorable,
Quand la fille aux tétons énormes, aux yeux vifs,

- Celle-là, ce n'est pas un baiser qui l'épeure ! -
Rieuse, m'apporta des tartines de beurre,
Du jambon tiède, dans un plat colorié,

Du jambon rose et blanc parfumé d'une gousse
D'ail, - et m'emplit la chope immense, avec sa mousse
Que dorait un rayon de soleil arriéré.

Arthur Rimbaud

Octobre 70


- Texte du recueil confié à Paul Demeny, fac-similé Messein.
- Première publication dans La Revue d'aujourd'hui, 15 mars 1890.




left right

 » Index des Poèmes » Poésies » Au Cabaret-Vert, cinq heures du soir


© 1998-2008 www.mag4.net
Arthur Rimbaud




Hit-Parade