Lettre à Jean Aicard

Les Effarés
| ¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯ A monsieur Jean Aicard ¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯ noirs dans la neige et dans la brume, Au grand soupirail qui s'allume, Leurs culs en rond, A genoux, cinq petits, - misère ! Regardent le Boulanger faire Le lourd pain blond... Ils voient le fort bras blanc qui tourne La pâte grise, et qui l'enfourne Dans un trou clair : Ils écoutent le bon Pain cuire. Le boulanger au gras sourire Chante un vieil air : Ils sont blottis, pas un ne bouge Au souffle du soupirail rouge Chaud comme un sein. Quand, pour quelque medianoche, Plein de dorures de brioche On sort le pain. Quand, sous les poutres enfumées Chantent les croûtes parfumées Et les grillons ; Quand ce trou chaud souffle la vie ; Ils ont leur âme si ravie Sous leurs haillons, Ils se ressentent si bien vivre, Les pauvres petits plein de givre, Qu'ils sont là, tous, Collant leur petits museaux roses Au treillage, et disant des choses, Entre les trous, Des chuchotements de prière ; Repliés vers cette lumière Du ciel rouvert Si fort, qu'ils crèvent leur culotte Et que leur lange blanc tremblotte Au vent d'hiver. Juin 1870 - Arthur Rimbaud 5 bis Quai de la Madeleine, Charleville, Un ex. des Rébellions, s'il plait à l'auteur. AR |
