Alain Aurenche
Rimbaud
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Le ... crevant de faim
Forge la terre en cendres. Le voyage est affreux A gravir et descendre Les gorges de l'enfer. Explorateur durci, Des carnets de créances, Tu as compté précis, Tes faillites d'agence Et ta peine à venir. De Harar à Zeilah, Les nègres sans repos, Rythment pas après pas, Le calvaire de Rimbaud S'en allant vers la mer. Rimbaud Rimbaud Rimbaud Rimbaud Et que sont devenues Tes longues cavalcades Et tes esclaves nues A l'ombre des arcades Levaient-ils tes désirs ? Sous la peau abyssine Qui revêt la civière La tumeur assassine Eclate à chaque pierre Où butent les porteurs. Et dans les nuits lactées Aux filantes étoiles, Les hyènes au rire glacé Offrent aux lunes pâles L'inquiétude et la peur. Que cette vie m'ennuie, Je voudrais un enfant, L'autre, l'espoir qui luit, L'aurore au firmament, Tendre comme un sourire. Que dis-tu vierge folle ? Ton époux infernal ...t-il sur le sol Rampant tel un crotale, Calciné d'un délire, Et l'homme sur le flanc creuse pour déposer sous lui ses excréments, tordu, paralysé de douleur, arc-en-ciel. Je vais en Angleterre, A Londres qui m'attend, Je vais vers la misère, Dépenser mon printemps Dans les bras de Verlaine. L'araignée désespoir Aux couleurs de gangrène, Tisse des cauchemars Que l'insomnie égrène Effaré face au ciel Mais c'est une autre mer Qui te prend vieux ponton, Immobile et amer Et qui t'entraîne au fond Dans le froid des Ardennes. Rimbaud Rimbaud Rimbaud Rimbaud La putréfaction mangera ton genou Pressents-tu la passion De l'idiot qu'un mal fou Mène au long corbillard. Bruxelles a vu nos larmes Et notre amour violent, Je t'ai vendu des armes, Makonen ou Lélian, Deux coups de feu vermeils, Café, ivoire et peaux, Désert hallucinant, Caravanes, chevaux, Tes fusils, ton argent, Au soleil des pillards. Alexandrie ou Vienne, Samarande ou Queenstown, Milan, Lanarca, Sienne, Je ne suis qu'un piéton Qui s'arrête à Marseille. Ton errance est fini, Suintant de pourriture, Senteur d'Abyssinie, Charognard d'aventure, Pressentant l'enterrement. Onze jours, douze nuits, seize porteurs, quinze thalaris par porteur, trois-cent kilomètres, trente-six ans. Les semelles de vent Ne feront plus la paire, Et je vais chancelant, Debout sur mon cancer, Furieux et bavant. Que ton silence est grand, Et pourquoi ce silence Jamais plus d'autre chant, Des chiffres ou la démence, Je vivrais mort-vivant. A Louxor tu gravais Ta mort sur un tombeau. La poésie savait Déjà ton nom Rimbaud. Voyageur et voyant Rimbaud Rimbaud Rimbaud Rimbaud Un enfant accroupi plein de tristesse Lâche un bateau frêle comme un papillon de mer Arthur Rimbaud Paroles (d'après écoute, à réviser) Alain Aurenche.
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Album "L'amitié".
1986
1986
