Inutile de préciser que leurs auteurs sont les tenants (et aboutissants) de la mythique version "Rimbaud on stage".

Depuis 9 mois et l’identification de l'explorateur Lucereau, il était évident que ce scénario "avec Rimbaud" avait pris plus d'eau que tous les boutres et sambouks de la Mer Rouge réunis. Nous assistons maintenant, avec mélancolie, au naufrage annoncé !

Raisonnons un peu, ça nous changera : soit le barbu assis à gauche est le docteur Dutrieux, soit ce n'est pas lui !

Si ce n'est pas lui, pourquoi alors aller le chercher du côté d'Aden, en août 1880 ? Quelle perte de temps ! De quoi nous parlent donc nos conteurs ?

Serait-ce là, encore, une triple sécurité "ceinture + bretelles + fixe chaussettes"... au cas où, par malchance, par mégarde, par pas de bol, ce serait quand même bien lui (et non son sosie). Nos amis, il est vrai, nous ont déjà habitués à ce style de prudences (cf. l'éventuelle "quoique peu probable mais sait-on jamais des fois que "présence croquignolesque du major Hunter - vieilli de 20 ans - de la dernière fournée.)

Par contre si c'est le docteur Dutrieux, alors il serait juste de le reconnaître, de le dire ! On ne peut se contenter d'humour en peau de lapin (un art pas donné à tous !) et passer à la suite, comme de rien.

"La barbe! " avez-vous dit ?" Mais c'est ici encore imprécision de leur part, l'expression commune et complète est : "La barbe et les cheveux !". Ah les cheveux ! Regardez donc mieux les cheveux ! Sûr qu'il n’y a pas photo !

Bien, maintenant, on sait donc que c'est le bon docteur tournaisien PJD… Alors effectivement, pourquoi ne pas imaginer un Dutrieux, à Aden, en août 1880 ? Et même pour être tout à fait précis, à Aden, entre le 7 et le 20 août 1880, car il faut viser juste pour croiser un Révoil ET un Lucereau (et on ne parle même pas d'un Rimbaud !).

De plus, comme autre détail gênant, il faut ajouter que Dutrieux fait alors nécessairement gicler Révoil de son fauteuil (ben oui, c’est l’un ou l’autre !), ce Révoil dont nos conteurs ont fait la pierre angulaire de leur récit, ce Révoil quasi inventeur de la photo albumino-gelatino machin, ou tout au moins son premier importateur patenté chez les "sauvages" d'Aden. Flute de flute !

Mais nos aèdes sont souples d'échine, ils sauront remettre d'autorité Révoil derrière sa caméra (ils ont bien vu successivement Bardey et Révoil sur ce même fauteuil... eux qui se gaussent tant de J. Bienvenu).

Mais là encore pas de chance, Dutrieux est passé à Aden, de manière très exceptionnelle et dans le seul cadre de la première expédition belge en Afrique Centrale (à l'aller et au retour). Aden était en effet une escale entre Zanzibar et l'Égypte, puis l'Europe. Comme il a déjà été dit dans un précédent article, Il n'y remettra plus les pieds, ne faisant ensuite que voyager entre l'Europe et l'Égypte.

Bon je reconnais qu’il doit être dur d’admettre, pour nos récitants, que le docteur Dutrieux n'ait pas fait, entre l'Europe et l'Égypte, le grand détour d'Aden , pile poil (!) entre le 7 et le 20 août 1880, juste pour faire la bise, sur un coin de table, au super poète que le monde entier nous envie(ra ... bien plus tard).

Ah ! le mythe Rimbaud ne quittera donc pas d'une semelle de vent nos amis conteurs ?

Errare humanum est, perseverare diabolicum ! Nos anciens connaissaient bien la Vie… et les hommes

(Pour les amateurs d'outre quiévrain : Voir le blog : RIMBAUD ÉTAIT UN AUTRE !)

Circeto