Mercredi, Claude Jeancolas affirmait que Rimbaud ne peut se trouver sur la photographie découverte il y a quelques mois, et montrant le poète à Aden, dans un groupe sur la terrasse de l'Hôtel de l'Univers. Pourquoi? Parce que apparaît sur le désormais fameux cliché l'explorateur Henri Lucereau qui, selon l'expert en "rimbaldie", aurait été absent d'Aden en août 1880, au moment où Rimbaud s'y trouvait.

Nouveau rebondissement. Jean-Jacques Lefrère, médecin et biographe du poète, vient de nous transmettre un document, découvert par Jacques Desse, provenant du Centre des Archives Diplomatiques de Nantes: il s'agit d'une lettre autographe de Lucereau au consul de France, Albert Delagénière, datée d'Aden.... le 13 août 1880 ! Son authenticité peut difficilement être contestée.

Que pensez-vous des affirmations de Claude Jeancolas ?

Jean-Jacques Lefrère : M. Jeancolas n'a pas de chance avec cette photographie. Dans un premier temps, il a clamé qu'elle montrait seulement des "touristes" en transit à Aden. Les travaux de plusieurs chercheurs ont révélé qu'il ne s'agissait en rien de touristes, mais de Français séjournant à Aden, dont certains sont même mentionnés dans la correspondance et deviendront des proches de Rimbaud. A présent, M. Jeancolas ne dit plus que ce sont des touristes, mais il affirme que l'un des personnages de la photographie, l'explorateur Henri Lucereau, le personnage qui se tient debout et fixe l'objectif, ne pouvait pas être à Aden en août 1880. Pas de chance, vraiment, pour M. Jeancolas: le document découvert dans les Archives du ministère des Affaires étrangères atteste au contraire la présence de Lucereau à Aden en août 1880. Je présume que, dans quelque temps, M. Jeancolas nous dira qu'il s'agit d'une assemblée d'anciens cosmonautes, ou du club de belote local, ou d'un groupe rock qui s'apprête à rentrer en scène.

Comment expliquez-vous qu'il y ait tant d'acharnement, chez quelques-uns, pour montrer que ce n'est pas Rimbaud sur cette photographie ?

Il y a plusieurs explications. En premier lieu, la surprise, presque la gêne, d'être obligé d'admettre que Rimbaud, à l'âge adulte, n'avait plus cette expression pleine de rêve et de mélancolie que montre le célèbre portrait photographique de Carjat. Qui plus est, Rimbaud apparaît au sein d'un groupe dont il fait partie, parmi d'autres Français vivant à Aden : rien de l'image d'un poète maudit et solitaire, en tout cas. Pour le reste, on doit sans doute invoquer quelques réactions passionnelles, fréquentes chez quelques prétendus spécialistes de Rimbaud ; peut-être aussi la volonté de faire parler de soi, de montrer que l'on compte dans le milieu des rimbaldiens (pour ma part, je ne crois pas être un rimbaldien, je ne sais pas d'ailleurs exactement ce que c'est). Je ne veux pas croire qu'il y ait là-dessous de la jalousie ou du dépit, l'idée est aussi déplaisante que peu vraisemblable, comme vous vous en doutez. Il faut peut-être aussi invoquer le plaisir un peu suspect de certains intermédiaires de média. Pourtant, il suffisait de lire la dernière Quinzaine littéraire ou le numéro de septembre de La Revue des Deux Mondes pour avoir accès à toutes les informations sur cette photographie.

Alors, la " Bataille Rimbaud " continue ?

Oui, depuis un moment et, je l'espère, pour longtemps encore. Car se battre autour de Rimbaud, finalement, c'est mieux que faire de la politique ou se lamenter de l'état de la Planète. Qu'en 2010, il puisse y avoir des polémiques autour de ce poète, n'est-ce pas une note d'espoir ?

Peut-on encore découvrir d'autres documents sur Rimbaud à Aden ?

Certainement : on vient précisément d'en découvrir, et non des moindres. Vous me permettrez de garder la confidentialité encore quelque temps, mais rien n'interdit de penser que L'Express en aura la primeur un de ces prochains jours.

Voir la lettre de Lucereau, le document qui atteste que Rimbaud pouvait bien être à Aden en août 1880.

Delphine Peras
L'Express

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