Œuvres complètes, Rimbaud. Texte établi, présenté et annoté par André Guyaux.
Éditions Gallimard, bibliothèque de la Pléiade.
1 152 pages, 42,50 €.
ISBN : 978-2-07-011601-0.
En librairie le 19 février 2009.

Rimbaud est un classique. Malgré sa force de rupture, que l'on peut encore éprouver aujourd'hui, ou plutôt précisément pour cette raison, Rimbaud est, depuis longtemps et pour tout le monde, à sa place dans le panthéon littéraire français. Il était depuis longtemps dans la Pléiade, où se publie aujourd'hui la troisième édition de ses œuvres complètes. C'est dire que l'enjeu n'est plus la reconnaissance d'un « poète maudit », mais la réflexion sur le sens même de ces mots : œuvres complètes. Le mythe Rimbaud s'alimente en effet de l'absence de séparation entre l'écriture et la vie. « Tu as bien fait de partir, Arthur Rimbaud ! » écrivait Char, postulant que le départ, le silence étaient la continuation de la poésie par d'autres moyens. Pouvait-on, dès lors, séparer les textes publiés des circonstances de la vie, éditer à part poèmes, lettres et chronologie des faits et des œuvres ?

C'est ainsi que pendant la période précédant le centenaire de sa mort, on vit d'abord une édition strictement chronologique des œuvres, due à Jean-Luc Steinmetz, qui classait les répartitions par genres et grandes périodes léguées par la tradition. Cela fit date (1). Puis, au nom de l'« œuvre vie », parurent des « intégrales » mêlant jour après jour lettres, brouillons, textes définitifs. Ce parti pris avait les inconvénients de ses avantages : il diluait les poèmes les plus importants dans un contexte qui finissait par en brouiller la lecture, minimisant les intentions du poète qui avait composé lui-même des ensembles.

concilier deux approches

André Guyaux a pour ambition de concilier ces deux approches. D'abord, il privilégie nettement l'œuvre littéraire et les textes qui lui sont directement reliés. Une première partie, « Œuvres et lettres », accueille ainsi, aux côtés des poèmes et proses que nous connaissons, les premiers textes poétiques de Rimbaud, des devoirs de vers latins et les lettres en relation avec ses conceptions littéraires ou avec sa vie pendant son activité poétique. On y retrouve en particulier les fameuses « lettres du voyant » et sa correspondance avec Verlaine. Ces pièces sont présentées selon les datations les mieux établies. Une deuxième partie présente au jour le jour la vie de l'auteur et les documents qui l'accompagnent. On trouvera ainsi sa dernière lettre, demandant à embarquer pour Suez, afin de fuir le froid de Marseille. C'était le 9 novembre 1891, il allait mourir le 10. Ses dernières semaines, il aura été veillé par sa sœur Isabelle, dont on publie le journal et la correspondance.

Quel Rimbaud, en fin de compte, nous donne à voir cette édition nouvelle ? Peut-être une continuité plus importante qu'on ne le pensait entre les textes de jeunesse et les œuvres du Rimbaud accompli, celles d'Illuminations ou d'Une saison en enfer. Les premiers mots de son premier poème connu, une épreuve de vers latins, sont « Ver erat » : c'était le printemps. Arthur Rimbaud est en troisième et il obtient, à quatorze ans, le premier prix de son académie pour ces vers imités d'Horace, qui se concluent par un « tu seras poète ». Conscience précoce de son destin de celui qui écrira plus tard : « Je veux être poète et je travaille à me rendre voyant » et « je me suis reconnu poète ».

mieux comprendre son silence

Aspiration à un « perpétuel printemps » qui rythmera les moments importants de sa vie : envoi de poèmes à Banville, qui déclencheront sa reconnaissance par les poètes parisiens, en avril 1870. Un an plus tard, ce seront les lettres du « Voyant » théorisant son art poétique, en ces semaines où est écrasée la Commune, qu'il a soutenue sans vraisemblablement y prendre part. Parution d'Une saison en enfer au printemps 1873. La lecture dans la continuité de ces premiers textes et de l'œuvre de la « maturité » met aussi en évidence la dialectique entre besoin d'appartenance, de reconnaissance et désir de rompre, de décevoir, de choquer, qui permettra de mieux comprendre son silence, plus tard. Dans un domaine où l'on croyait tout dit, cet ouvrage, renouvelant les problématiques, nous laisse entrevoir des perspectives nouvelles. « On me pense », écrivait « Rimbe ». Il y a encore beaucoup à penser.

(1) Flammarion, poche (GF) 1989.

Alain Nicolas
Source : L'Humanité


Ce volume contient :
- Œuvres et lettres 1868-1875
- Œuvres en prose et en vers (1868-1873)
- Une saison en enfer illuminations
- Lettres de Rimbaud et de quelques correspondants (1870-1875)
- Vie et documents 1854-1891
- Chronologie de la vie et de l'œuvre de Rimbaud, comportant lettres de Rimbaud (1877-1891) et de quelques correspondants (1868-1891), cahier de brouillon de l'élève Rimbaud, extraits du Journal de Vitalie Rimbaud, dossier de l'affaire de Bruxelles et autres documents.

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