La formule est connue : de Charleville, Arthur Rimbaud a dit qu'elle était « supérieurement idiote ». Toutefois, le poète n'a eu de cesse de fuir Charlestown et les Ardennes que pour toujours y revenir.

Dans sa ville natale, deux musées lui sont consacrés : le « classique » musée Rimbaud, bien sûr, qui devrait dans les prochaines années subir un lifting bienvenu, mais aussi la Maison des Ailleurs, une invitation au voyage poétique dans l'immeuble où l'adolescent résida avec sa mère et ses frère et sœurs de 1869 à 1875. Une période décisive. Leur visite s'impose.

Mais on peut aussi croiser l'ombre du poète dans différents lieux de la ville. Sa maison natale (actuelle rue Bérégovoy), l'ancien collège, le café de l'Univers. Sans oublier la tombe, véritable lieu de pèlerinage de toute la Rimbaldie. Mais un lieu mérite aussi l'attention : le célébrissime square de la gare, immortalisé dans « A la musique », avec ses « pelouses mesquines ». On dit que le poète écrivit ces lignes assassines en mémoire d'après-midi où sa mère le traînait pour écouter les orchestres qui se produisaient sur le noble kiosque.

A quelques pas, donc, désormais, trône le buste de Rimbaud. Toute une histoire… Le premier, sculpté par… Paterne Berrichon, fut inauguré en juillet 1901, érigé à l'initiative d'un comité parisien présidé par l'historien ardennais Jean Bourguignon.

On rapporte que la mère Rimb' et la sœur d'Arthur, Isabelle boudèrent la cérémonie. Mais son frère Frédéric en était. Quoi qu'il en soit, le buste fut enlevé par l'occupant allemand en 14-18.

Qu'à cela ne tienne, on en commanda un second, œuvre d'Alphonse Colle, dévoilé en grande pompe en octobre 1927. La manifestation fut perturbée par la distribution d'un tract surréaliste titré « Permettez » (imprimé sur du papier rouge sang, précise le biographe Pierre Petitfils), dans lequel Breton et ses amis s'insurgeaient contre cet hommage très et trop officiel. Ils prédirent rageusement le même sort à ce buste qu'au premier. Ils avaient vu juste. Un troisième buste fut donc inauguré en 1954, dû cette fois à Louis Dumont. Pas de manifestation, ce jour-là, mais le ministre de l'Éducation qui passa en revue un détachement du 3e Régiment du génie. Bref, un tantinet surréaliste quand même.

L'histoire du buste du square n'est pas achevée. Dans le cadre des travaux du pôle multimodal, il sera mis en valeur « devant la terrasse des voyageurs sur laquelle des pierres seront gravées d'extraits de poèmes… »

Par Philippe Mellet

Source : L'Union