Le 25 novembre 1870, en effet, le quotidien Le Progrès des Ardennes publiait un articulet titré "Le rêve de Bismarck" et signé d'un certain Jean Baudry. "Jean Baudry" était le pseudonyme choisi par un jeune lycéen de 16 ans nommé Arthur Rimbaud. Depuis plus d'un siècle, si l'on savait que le futur "poète et explorateur" avait bien envoyé des textes au directeur du Progrès sous cette signature, on ignorait que l'un d'eux avait bel et bien été publié...
Vous pouvez lire l'article complet et voir les photos du Progrès des Ardennes sur le site de L'Ardennais. Vous trouverez sur le forum les compléments d'information ainsi que les premières réactions des membres (Merci à M.D. pour l'alerte).

Voici la transcription de l'inédit :

Le rêve de Bismarck
(Fantaisie)


C'est le soir. Sous sa tente, pleine de silence et de rêve, Bismarck, un doigt sur la carte de France, médite ; de son immense pipe s'échappe un filet bleu.
Bismarck médite. Son petit index crochu chemine, sur le vélin, du Rhin à la Moselle, de la Moselle à la Seine ; de l'ongle, il a rayé imperceptiblement le papier autour de Strasbourg : il passe outre.
A Sarrebruck, à Wissembourg, à Woerth, à Sedan, il tressaille, le petit doigt crochu : il caresse Nancy, égratigne Bitche et Phalsbourg, raie Metz, trace sur les frontières de petites lignes brisées, - et s'arrête...
Triomphant, Bismarck a couvert de son index l'Alsace et la Lorraine ! - Oh ! sous son crâne jaune, quels délires d'avare ! Quels délicieux nuages de fumée répand sa pipe bienheureuse !...

Bismarck médite. Tiens ! un gros point noir semble arrêter l'index frétillant. C'est Paris.
Donc, le petit ongle mauvais, de rayer, de rayer le papier, de ci, de là, avec rage, - enfin, de s'arrêter... Le doigt reste là, moitié plié, immobile.
Paris ! Paris ! - Puis, le bonhomme a tant rêvé l'œil ouvert, que, doucement, la somnolence s'empare de lui : son front se penche vers le papier ; machinalement, le fourneau de sa pipe, échappée à ses lèvres, s'abat sur le vilain point noir...
Hi ! povero ! en abandonnant sa pauvre tête, son nez, le nez de M. Otto de Bismarck, s'est plongé dans le fourneau ardent... Hi ! povero ! va povero ! dans le fourneau incandescent de la pipe..., Hi ! povero ! Son index était sur Paris !... Fini, le rêve glorieux !

Il était si fin, si spirituel, si heureux, ce nez de vieux premier diplomate ! - Cachez, cachez ce nez !... Eh bien ! mon cher, quand, pour partager la choucroute royale, vous rentrerez au palais (lignes endommagées)
[...] avec des cris de... dame
[...] dans l'histoire [...]
[...] vos yeux stupides !...
Voilà ! fallait pas rêvasser !
Jean Baudry