A Charleville, Rimbaud puissance 50
Catherine | 10/01/2008 | 08:41 | Arts | Lien permanent
De Braque à Delaunay en passant par Picasso ou Max Ernst : à Charleville, le musée Rimbaud réunit 50 portraits du poète. Jamais tout à fait le même, jamais tout à fait un autre Par Philippe Mellet.
C'est pourquoi l'exposition « Le regard bleu d'Arthur Rimbaud », présentée jusqu'à fin mars au musée éponyme de Charleville, est aussi un raccourci de l'histoire de l'art contemporain
L'exposition se limite, si l'on ose dire, à une cinquantaine d'œuvres. « Il y a eu des choix douloureux » admet le conservateur Alain Tourneux, qui a laissé carte blanche au biographe et rimbaldophile distingué Claude Jeancolas, auteur du superbe album-catalogue édité pour la circonstance.
Le visiteur comme le lecteur n'a guère besoin d'être expert pour remarquer que la grande majorité des 'uvres s'inspire du célèbre portrait photographique de Carjat. Celui-ci est d'ailleurs parfois intégré dans la création elle-même, comme chez Sonia Delaunay.
Des photos de Patti Smith
Une photographie qui a fait le tour du monde comme plus tard celle de Che Guvera, (toutes deux symbolisant et la révolte et la jeunesse, suggère Claude Jeancolas), où Rimbaud est synonyme de « littérale beauté du diable », selon Verlaine, où son « visage phosphorescent [ ] ressemble vite à une sorte de météore » ajoutera Cocteau. Beaucoup de ces cinquante portraits de Rimbaud ont rejoint au fil des décennies les collections du musée de Charleville. De dimensions raisonnables, il s'agit souvent d'illustrations originales d'éditions hors commerce des œuvres du poète.
Mais il est aussi des « pièces » exceptionnellement prêtées : c'est le cas des pastels ou peintures à l'aérosol de l'Australien Sidney Nolan, de la lithographie de Valentine Hugo, ou encore des photographies venues des États-Unis de Robert Mattlethorpe, qui s'identifie à Rimbaud lui-même.
On y associera les trois tirages argentiques signés de son ancienne compagne, la chanteuse Patti Smith, qui réalisa ces prises de vue en 2004, lors de sa venue pour le 150e anniversaire de la naissance de l'enfant terrible.
Que tous ces artistes aient désiré représenter Rimbaud, s'identifier à lui, ou simplement lui rendre hommage, qu'ils aient ou non décliné à leur façon le portrait culte de Carjat ou qu'ils aient préféré s'en tenir à distance, s'apparente enfin à un manifeste. Ainsi que les surréalistes qui en firent l'un de leurs précurseurs, tous désignent « notre » Arthur comme voyant et visionnaire de l'universel, de la poésie, de l'ailleurs.
Il avait les yeux bleus, rappelle Claude Jeancolas. Certes. Bleus comme les horizons maritimes, les ciels d'été. Mais on pense aussi à Eluard, et à sa « terre bleue comme une orange ».
Tous ces Rimbaud, tous les mêmes, mais jamais semblables, sont donc vraiment chez eux à Charlestown.
Exposition « Le regard bleu d'Arthur Rimbaud », musée Rimbaud de Charleville-Mézières, jusqu'à fin mars.
Album-catalogue, textes de Claude Jeancolas, 143 pages, éditions FVW, 45 euros.
Source : L'Union
