Tous rimbaudmaniaques !
Catherine | 18/04/2010 | 12:03 | Actualités | Lien permanent
En un siècle, Arthur Rimbaud s’est imposé comme l’un des mythes fondateurs de la culture moderne : sa langue, son allure, sa philosophie de la vie sont devenus modèles d’écriture, de pensée et source de création, voire de comportement, dans le monde entier. L’exposition à la Galerie des bibliothèques explore ce phénomène unique, autour d'œuvres originales de Rimbaud (lettres et poèmes manuscrits), mais aussi de peintres (Picasso, Giacometti, Léger, Pignon-Ernest), et autres admirateurs du célèbre poète. Du 7 mai au 1er août 2010.
Cette présence d’Arthur Rimbaud aujourd’hui repose sur quelques feuilles volantes. Nous ne devons de les connaître qu’à quelques-uns de ses amis et collectionneurs qui les glanèrent avec ferveur et les sauvèrent, au premier rang desquels Verlaine. Des manuscrits envoyés aux revues ou aux éditeurs, il ne garde pas de copie. La plupart ont disparu, aussi nous ne verrons jamais le manuscrit d’ Une saison en enfer ou des Étrennes des orphelins. Le Bateau ivre est connu seulement par la copie qu’en fit Verlaine, ébloui, amoureux. Rimbaud confie à Verlaine la liasse des Illuminations, puis s’en désintéresse.
À ces rares reliques poétiques de sa main sont jointes quelques lettres à ses amis et à sa mère.
Partant des origines, rares manuscrits et photographies, œuvre et vie mêlées, l’exposition suit l’envol de la notoriété et de l’omniprésence de Rimbaud, des premiers cercles intellectuels à la passion populaire. 350 objets, œuvres, documents qui évoquent les domaines de l’édition et de la traduction, l’illustration et la BD, la peinture, la sculpture, la musique classique ou rock, la mode et le spectacle, la presse ou la publicité, le cinéma, la décoration… jusqu’à l’explosion multimédia contemporaine et l’art de rue.
L’audace de l’exposition :
associer les arts majeurs et les arts populaires, le chef-d’œuvre et l’objet naïf, le précieux et l’ordinaire, le poétique et le prosaïque, le luxueux et le simple, le signé, le griffé et l’anonyme… De ces confrontations jaillit la force universelle du mythe Rimbaud.
Quatre bornes audio, installées dans l’exposition, offrent aux visiteurs la possibilité d’entendre les textes de Rimbaud lus, joués ou chantés par de nombreux artistes, notamment Léo Ferré, Denis Lavant, Jean-Louis Aubert, Yves Montand, Van Morrison, Denis Podalydès ou encore Barbara Hendricks.
Des artistes à la recherche de son regard
L’œuvre de Rimbaud intéresse les peintres, son destin fascine plus encore. Dans l’histoire de l’art, seul Saint Sébastien – expression de la beauté bafouée, de la brutalité de la société, du don assassiné par le vulgaire – peut être rapproché de ce cas particulier. Pour des raisons similaires, on peint aujourd’hui à travers Rimbaud et son regard, qu’avait fixé le photographe Carjat, la beauté incomprise, le destin brisé, les rêves, le sentiment d’échec, l’aspiration à l’infini.
Sont exposés, entre autres :
une eau-forte d’Alberto Giacometti, des dessins de Fernand Léger, une lithographie de Picasso, un dessin à la plume de Jean Cocteau, des photographies de Patti Smith et de David Wojnarowicz.
La BD aussi, dans ses trois patries, les États-Unis, la France et la Belgique, illustre ses poèmes, lui invente des expéditions dans le désert Afar, imagine les souvenirs de témoins ou la quête d’admirateurs. La production musicale née de Rimbaud frappe aussi par sa profusion et son universalité : musique classique, contemporaine, électronique, jazz, world music, fusion… Les chorégraphes suivent la voie ouverte par les musiciens. Benjamin Britten compose ses Illuminations en 1939. George Balanchine, directeur du New York City Ballet, commande un ballet sur cette musique à Frederick Ashton, dans des décors de Cecil Beaton. Des chorégraphes allemands, anglais, français, russes, américains, remettent régulièrement le thème Rimbaud au cœur de leur travail.
Objets du culte
Les objets fétiches, d’Espagne, des USA, d’Allemagne, de Hongrie ou de Tchéquie prennent toutes les formes possibles : assiettes de Limoges, meubles raffinés, chaises, tapis, griffés du talent de Jean-Charles de Castelbajac, portraits brodés au point de croix, fèves anonymes de galette… Plus d’une centaine d’objets sont exposés.
L’explosion multimédia
Sur Internet se croisent tous les Rimbaud du monde et s’expriment toutes les passions qu’il suscite : 2 400 000 références sur Google, 160 000 sur Google images, 2710 sur Google vidéos, etc. Ferment unique devenu indispensable, Rimbaud s’y prête à toutes les interprétations, toutes les visions, tous les rêves et les délires. Il est le point de départ de cette RimbaudMania qui échappe à tout cadrage.
Un matin de 1978, Charleville se réveille dans la stupeur : Rimbaud est partout. Silhouette adolescente, jeans, chemise ouverte, balluchon sur l’épaule, en route… et ce regard déterminé, portant loin, au-delà des badauds arrêtés, ébahis. Avec Rimbaud, et Ernest Pignon-Ernest pour mentor, le street-art est lancé en France. De nombreux artistes œuvrent aujourd’hui à sa présence dans notre paysage urbain.
Une fresque (6 x 2 m) en hommage à Rimbaud sera réalisée par Pedro, El Koïko, Zilda et Niceart, quatre artistes de rue. Elle sera également présentée à Charleville-Mézières - au Musée Arthur Rimbaud et à la Médiathèque Voyelles - du 18 septembre au 5 décembre 2010. » www.mediatheque-voyelles.fr
Visites commentées par Claude Jeancolas, commissaire de l’exposition :
Samedi 22 mai - 14h30
Vendredi 11 juin - 15h30
Samedi 26 juin - 14h30
Commissariat : Claude Jeancolas
Écrivain et historien d’art, il a publié à ce jour 17 ouvrages sur Arthur Rimbaud dont il est reconnu aujourd’hui comme un des meilleurs spécialistes. Parmi les publications qui lui ont assuré cette notoriété : Le dictionnaire Rimbaud (Balland), Passion Rimbaud, L’œuvre manuscrite et Les lettres manuscrites (Textuel), Rimbaud la biographie et Vitalie Rimbaud, pour l’amour d’un fils (Flammarion).
