15/10/2008

Un miroir qui ne laisse pas de glace… les Rimbaldiens

On peut rêver. Ou même imaginer la trame d'un récit fantastique, où les fantômes viendraient quelquefois saluer les vivants. C'est ainsi que la silhouette d'un adolescent nommé Arthur Rimbaud pourrait de temps à autre se refléter dans cette glace. « Elle était installée sur la grande cheminée de la salle à manger, au premier étage de l'immeuble aujourd'hui devenu la Maison des Ailleurs » confirme Marie-Françoise Rigaux.

C'est son arrière-arrière-grand-père Jules Baudson qui fit construire l'immeuble, au 5 bis quai de la Madeleine (futur quai du Moulin puis quai Rimbaud), immeuble qui resta dans la famille jusqu'à la fin du XXe siècle. En 1969, les premiers locataires furent une certaine Mme Rimbaud et ses enfants. Ils y restèrent six ans.

Six ans décisifs dans la vie du poète : il y a écrit ses premiers vers, il s'y forgea son âme de révolté, il s'en échappa, aussi, lors de ses premières fugues….

Marie-Françoise Rigaux habita ce même appartement, au premier étage, avant le rachat par la ville. Quand elle quitta les lieux, elle emporta une multitude de souvenirs. Et quelques meubles. Dont cette imposante glace de cheminée, d'époque.

« Tout indique qu'elle fut installée dès la construction de l'immeuble, et que la famille Rimbaud défila devant elle. La mère et ses filles pour vérifier leur coiffure et leur toilette. Arthur aussi, sans doute..» De quoi réfléchir…

Moins peut-être pour s'assurer du bon ordonnancement de ses effets que pour dire des poèmes ou esquisser des grimaces ? « Je me suis résolue à vendre cette glace, mais il serait dommage que son futur propriétaire ne connaisse par l'histoire qui s'y rattache » explique Marie-Françoise.

Des spécialistes ont confirmé que le style de la glace, de belle dimension (1,65 m sur 1,15), joliment biseautée, était effectivement typique de la seconde moitié du XIXe siècle.

« Je ne doute pas que parmi les amateurs de belles antiquités, il y a aussi quelques Rimbaldiens » sourit Marie-Françoise. Qui se souvient avoir accueilli moult visiteurs émerveillés lorsqu'elle vivait encore dans le « fameux » appartement. De Léo Ferré à Allen Ginsberg, le poète mythique de « la Beat generation ».

« C'était en 82. Nous l'avons accueilli avec mon mari. Il a passé la nuit dans la chambre d'Arthur, qui donne coté cour. Le lendemain matin, Ginsberg nous raconta avoir eu une frayeur. Il s'était levé au milieu de la nuit pour aller aux toilettes quand il avait vu une silhouette sur l'écran bombé du téléviseur. « L'espace d'un instant, j'ai cru qu'il s'agissait de Rimbaud » nous a-t-il raconté au petit-déjeuner. Mais en fait, notre ami américain n'avait été troublé que par son propre reflet… »

Une anecdote que l'on pourrait adapter. Qui sait si, parfois, c'est la silhouette de notre poète qui revient se dessiner sur l'auguste miroir ?

Toujours est-il que Marie-Françoise sera à même de vous narrer d'autres petits secrets liés à Arthur et à l'immeuble devenu la Maison des Ailleurs.

Pour l'anecdote, la salle à manger où trônait la glace est désormais consacrée à Bruxelles, fameuse étape des pérégrinations rimbaldiennes.

Mais c'est juré : toute cette affaire n'a rien d'une histoire belge.

Source : L'Union

Guillaume, Arthur, étoiles filantes

Troublante similitude encore, avec ce père encombrant qui sembla parfois étouffer Guillaume, avec ce père désespérément absent qu'Arthur sembla parfois rechercher sa vie durant. Hier, tandis qu'était inaugurée à Charleville la médiathèque « Voyelles » en hommage au poète, l'acteur embarquait pour toujours à bord du Bateau ivre des âmes révoltées.

On regrettera donc à jamais que le projet du cinéaste François Dupeyron n'ait pas abouti. Une adaptation du roman de Philippe Besson, « Les jours fragiles », évoquant les derniers jours du poète de Charlestown. Guillaume devait y camper Arthur (son frère jumeau en soif d'absolu), sa sœur Julie y jouer le rôle d'Isabelle, la sœur du poète. Rendez-vous manqué.

Quand on est une étoile filante, quand on cherche des Ailleurs impossibles, on se brûle, on s'égare parfois, on va à cent à l'heure, on tutoie le génie. « Vivons dangereusement » revendiquait hier le poète André Velter, l'un des parrains de la médiathèque de Charleville. Arthur et Guillaume ont appliqué le mot d'ordre à la lettre. Ils en auront payé le prix fort. Le prix à payer quand on refuse toutes les concessions. Quand on vit en voyants.

Source : L'Union

Pour aller plus loin, vous pouvez lire une biographie de l'acteur illustrée de vidéos sur le site du Figaro et sa filmographie chez Allociné.